Qualif en solo 2/5 – De Ouessant à l’Irlande

02. mars 2019 Non classé 0
Qualif en solo 2/5 – De Ouessant à l’Irlande

On se retrouve après ma première journée de la qualif en solo…

La nuit commença au Nord de Ouessant et le vent se leva enfin. Je pris successivement un ris dans la grande voile et puis un dans le foc. Le bateau commençait à taper fort dans une mer qui devenait formée, aussi loin des côtes.

En plus des conditions qui devenait inconfortable, vers 5h du matin, alors que je traversais le trafic important des cargos de la Manche, une meute de quatre navires descendant vers l’Atlantique s’approcha très proche de moi. La tour de contrôle de Ouessant Traffic m’appela. J’étais déjà en état de stress depuis plusieurs minutes. Mon système AIS m’avait alerté du risque de collision. Je les voyais arriver bien avant de voir leurs feux à l’horizon. Bien que l’appel de Ouessant Traffic fût respectueux et cordial, il me signifia que je n’étais pas censé être là et qu’il ne fallait pas que je dérange les cargos. De toute façon, ces mastodontes allaient 3 à 4 fois plus vite que moi ; un changement de trajectoire de ma part aurait peu d’efficacité pour éviter la collision. Ouessant Traffic me demanda d’effectuer une veille attentive pour les éviter. J’avais bien évidemment la même idée en tête ! Je suis finalement passé derrière deux cargos et devant les deux autres, en pleine nuit, au près avec 20 nœuds de vent. Ce fut une belle entrée en matière lors de ma première nuit !

 

 

Toute la journée du lendemain, le vent ne se calma pas et la Manche remua beaucoup. Mon estomac n’apprécia pas du tout. Je n’ai pas réussi à avaler autre chose que quelques cookies et de l’eau ce jour-là. Cela ne m’empêcha pas de tout vomir aussi sec. La mer était dure. Ses vagues étaient hautes et courtes. Le bateau retombait violement dans ses creux. Certaines vagues s’écrasaient contre le flanc ou déferlaient sur le pont et me trempaient jusqu’aux os. Imaginez un petit voilier de 6,50 mètres de long remontant ces grosses vagues une à une. Déjà malmené par mon mal de mer, je me suis beaucoup refroidi. J’alternais entre des phases de repos à l’intérieur du bateau pour me réchauffer et des phases à la barre pour ne pas perdre le moral.

 

Journal de bord : « 12h : Je vomis beaucoup et j’ai froid à cause des déferlantes qui mouillent tous mes habits. 2 ris GV + 1 ris solent. »

 

En milieu d’après-midi, j’aperçu la pointe de l’Angleterre appelée Lands’ End et le phare de Wolf Rock qui marque l’entrée du chenal entre l’Angleterre et les Iles Scilly. Ce phare est très reconnaissable. Il est haut, étroit et construit loin des côtes sur une roche solitaire. Il est pourvu d’un plateforme d’atterrissage à son sommet pour les hélicoptères. En effet, au vu des vagues qui déferlaient à sa base, il doit être bien difficile d’y accéder autrement que par les airs.

Journal de bord : « 15h : Je passe Lands’ End. Ça fait du bien d’avoir moins de vagues. Il y a aussi moins de vent. Je suis porté par le courant sans ris. »

 

Grâce à la proximité de la côte, j’ai pu avoir une heure de répit. Les vagues et le vent faiblirent. Je remis toutes mes voiles sans ris. J’ai même avalé une pomme en plus d’un cookie. Je commençais à revivre et j’espérais remplir un peu mon estomac. Mais à mesure que je dépassais la pointe anglaise, des rafales couchaient mon bateau. Des vagues se formaient à cause du courant contre le vent. En plus, je devais redoubler d’attention parce que des cargos m’avaient rejoint dans le chenal. La guerre avait repris. Le vent était redevenu fort. Je devais reprendre mes ris pour redresser le bateau. Je me souviens avoir profité d’un passage sous le vent pour vomir encore un coup en hurlant tout seul « Maman ! ». Là, j’étais un peu au fond. Le mauvais temps commençait à m’avoir moralement.

Une fois la voilure adaptée, le bateau avançait encore à 6 nœuds sur la route ce qui était tout à fait satisfaisant. Et c’était peut-être le plus important. Les conditions peuvent être très dures physiquement, mais tant que le bateau avance rapidement sur sa route, j’ai tendance à me dire que le reste ira.

Pendant ma deuxième nuit, petit à petit le vent adonna et se calma. Le bateau tapait moins. Je réussis à bien me reposer par des petites phases de 30 minutes. Je me souviens avoir tenté de rentrer en communication en anglais avec un cargo qui m’approchait. Il m’a répondu un truc incompréhensible à cause de la déformation de la voix par la radio et surtout parce que je n’étais pas habitué à utiliser l’anglais à la VHF. Il m’a à peine frôlé et je suis retourné me reposer.

Au petit matin, j’étais à mi-distance entre la pointe anglaise et la bouée de Coningbeg. Avant le lever du soleil, je suis allé sur le pont et j’ai pu constater que les nuages de la nuit étaient partis laissant place aux étoiles. Présage d’une journée ensoleillée, j’allais enfin pouvoir me réchauffer et faire sécher mes vêtements. Quelle chance ! J’allais en profiter pour me refaire une santé. Je suis resté sur le pont jusqu’à ce que le soleil passe l’horizon pour profiter de ses premiers rayons de chaleur.

Durant toute ma troisième journée, le vent était faible et le temps ensoleillé. Ça a été une journée parfaite pour me remettre en phase, avec quelques problèmes techniques néanmoins. Peu avant midi, une de mes drisses s’est coincée en tête de mât m’obligeant à monter en haut de ce dernier pour aller la récupérer. J’avais déjà pratiqué au port la technique d’escalade à l’aide de coinceur anti-retour qui permet de me hisser seul. Il n’y avait pas trop de vent et la mer était calme alors je me suis risqué à y grimper en pleine mer d’Irlande.

Voilà une petit aperçu de mon escapade en tête de mât.

Je ne faisais pas le fier en haut en imaginant le pire si un problème survenait.

En fin d’après-midi, je suis arrivé à la bouée de Coningbeg. Quasiment toute ma fin de journée fut consacrée à scruter aux jumelles les lointaines côtes irlandaises avec leurs falaises blanches. En me rapprochant, j’ai eu un petit peu de réseau pour appeler mes proches, les rassurer du début de mon parcours et prendre un peu de météo. Ces courtes conversations m’ont rapproché du monde réel et m’ont réconforté. Les prévisions météo étaient bonnes et m’ont assuré que je ne retraverserai plus du sale temps comme je venais de quitter. Le vent allait un peu augmenter et me porter rapidement vers le Sud, vers la Bretagne.

 

Le vent était parfait et le soleil était là. Le passage de la bouée s’est effectué dans des conditions parfaites. La mer était belle, le ciel dégagé et le vent juste assez fort. J’étais heureux de faire demi-tour pour revenir en France. Une heure plus tard, les côtes irlandaises disparaissaient derrière moi. Le soleil se couchait, donnant aux nuages une teinte orangée magnifique. Ce fut un pur bonheur. J’étais bien en mer et je n’appréhendais pas la nuit prochaine. Je me suis même autorisé à écouter le podcast de l’émission d’Affaire Sensible sur la course à la voile de la Fastnet 1979. Durant cette course, les voiliers sont pris dans une terrible tempête en mer d’Irlande justement. Ma propre peur dépassée, je me suis laissé aller à écouter le récit de ces naufrages.

Fastnet 1979 – Affaires Sensibles

Journal de bord : « 21h : Sous gennack. Ça file sur mer plate. Que du bonheur. »


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.